Technique

Bien gonfler ses pneus de fauteuil roulant

Quelques centimètres carrés de contact au sol, mais un impact énorme sur l'effort à chaque poussée. Le guide pour ne plus négliger la pression.

Gonflage d'un pneu Schwalbe avec le compresseur rechargeable Rehasense, écran affichant la pression

C'est un point souvent négligé par les utilisateurs de fauteuils roulants : le gonflage des pneus. Combien de fois, en centre de rééducation, j'ai croisé des personnes à mobilité réduite en fauteuil avec des pneus largement sous-gonflés. Il y a plusieurs problèmes à ça.

Gonflage d'un pneu de fauteuil roulant
Quelques minutes par semaine, pour un fauteuil qui roule vraiment mieux

Un rendement bien moindre

D'abord, des pneus sous-gonflés ont un rendement bien moindre : la bande de roulement au contact du sol est plus importante, les frottements sont plus importants, et on est bien moins aidé pour se déplacer. Souvent, quand on regonfle son fauteuil, on se rend compte tout de suite de la différence, et on est surpris de voir à quel point quelques bars de pression en plus peuvent tout changer. Sauf qu'évidemment, la pression descend au fur et à mesure : on s'en rend mal compte, et on sous-estime l'importance de bien vérifier son gonflage.

On peut aussi regretter que, dans les centres de soins, les kinés et les ergothérapeutes n'insistent pas plus sur le gonflage des pneus du fauteuil. Quand on voit la différence entre un fauteuil légèrement sous-gonflé et un fauteuil avec une pression correcte, ça mériterait clairement plus d'attention dans l'accompagnement.

Une usure prématurée du pneu

Le second problème, c'est l'usure du pneu. Un pneu mal gonflé crée des fissures latérales, et une usure très avancée et précoce.

Un freinage nettement moins efficace

Autre conséquence, moins évidente mais tout aussi importante : des freins sur des pneus sous-gonflés sont très nettement moins efficaces. La surface de contact déformée par le sous-gonflage change la façon dont le frein mord sur le pneu, avec une perte d'efficacité qui peut se faire sentir au pire moment.

Le piège du test au pouce

En fonction de certains types de pneus, typiquement un Marathon Plus qui a une bande de roulement épaisse, le test de la tension avec juste le pouce ne suffit pas, puisque la bande de roulement fausse l'impression de gonflage du pneu. Il est donc nécessaire soit d'utiliser un manomètre, soit d'utiliser un gonfleur, et de refaire la pression très régulièrement.

Gonfleur ou pompe à main ?

C'est pour ça que l'usage d'un gonfleur est quand même infiniment plus pratique que l'usage d'une pompe à main : plus rapide, plus précis grâce à l'écran de contrôle, et donc plus simple à utiliser régulièrement, ce qui fait toute la différence sur la durée. Personnellement, je recommande le compresseur rechargeable Rehasense.

Compresseur rechargeable Rehasense (Airbank), écran LCD affichant 0.0 PSI
Le compresseur rechargeable Rehasense, celui que je recommande

Trouver la pression recommandée

La pression recommandée est indiquée directement sur le flanc du pneu, généralement sous la forme d'une plage (par exemple : 65-95 PSI). Il s'agit d'une fourchette et non d'un chiffre unique : à l'intérieur de cette plage, une pression plus haute favorise le rendement (moins d'effort à fournir), tandis qu'une pression plus basse favorise légèrement le confort et l'adhérence, au prix d'un peu plus de résistance au roulement.

PSI ou Bar ?

Les pressions sont indiquées en PSI (livres par pouce carré) ou en Bar selon les fabricants. Pour convertir : 1 Bar ≈ 14,5 PSI. Une pression de 6 Bar correspond donc à environ 87 PSI. La plupart des manomètres et compresseurs rechargeables affichent les deux unités, ce qui évite d'avoir à faire le calcul à chaque contrôle.

Les types de valves

Trois types de valves se partagent le marché : Presta (fine, avec un écrou de blocage, courante sur le matériel sportif), Dunlop (intermédiaire, répandue en Europe) et Schrader (large, identique à celle des voitures, la plus courante sur les fauteuils du commerce). Un compresseur ou une pompe compatible avec les trois évite les mauvaises surprises au moment de gonfler, surtout si on possède plusieurs paires de roues.

À quelle fréquence vérifier ?

Un pneu perd naturellement un peu de pression avec le temps, même sans crevaison : l'air traverse progressivement la gomme. Un contrôle hebdomadaire, ou avant chaque sortie longue ou chaque compétition, permet d'éviter de rouler plusieurs semaines sans s'en rendre compte avec une pression insuffisante. Personnellement, je vérifie la pression de mon fauteuil toutes les semaines. Et régulièrement, quand je regonfle le fauteuil de ma compagne, elle est surprise de la différence et de la facilité avec laquelle le fauteuil roule après que la pression des pneus ait été refaite.

Pour aller plus loin : le choix du pneu compte aussi. Voir notre article sur les pneus Marathon Plus Schwalbe, et sur le compresseur rechargeable Rehasense pour le matériel de gonflage.

Bilan

Il semble donc important de porter une attention particulière à ce point : c'est clairement l'un des aspects techniques du fauteuil les plus négligés, et c'est dommage chez les personnes à mobilité réduite. Ce n'est pas le réglage le plus spectaculaire du fauteuil, mais c'est probablement celui qui a le meilleur rapport entre le temps qu'il demande (quelques minutes par semaine) et ce qu'il change réellement à l'usage : moins d'effort à chaque poussée, moins de fatigue sur la durée, et un pneu qui vieillit mieux.

Signature de Grégoire Trunet — HANDIGREG.FR

Commentaires