La tierce roue électrique tout-terrain qui transforme un fauteuil manuel en trois-roues taillé pour sortir du bitume.
La Batec Scrambler 2 est une tierce roue électrique qui se fixe à l'avant du fauteuil manuel, soulève les roulettes et transforme l'ensemble en un trois-roues motorisé. Là où les autres modèles de la gamme Batec visent la ville, la Scrambler, elle, est pensée pour le tout-terrain : chemins de terre, graviers, sous-bois, herbe et fortes pentes.
On accroche la roue avant sur des adaptateurs fixés au châssis, un système de levier bascule le fauteuil vers l'arrière et décolle les petites roues du sol. À partir de là, on ne pousse plus les mains courantes : c'est le moteur, commandé au guidon, qui entraîne le tout. On récupère de la vitesse, de l'autonomie, et surtout la capacité de franchir des terrains qui seraient infranchissables en poussant.
| Moteur | Brushless 300 tr/min, puissance nominale 1 440 W, pic à 1 620 W |
|---|---|
| Batterie | 768 Wh |
| Autonomie | Jusqu'à 55 km (utilisateur 75 kg, terrain plat, 15 km/h, ±20 %) |
| Vitesse maxi | 20 km/h (version Plus) · 30 km/h (version S Plus) |
| Roue | 19″, pneu Maxxis ultra-adhérent, jante alu double paroi |
| Poids | 16,7 kg (sans la batterie) |
| Poids utilisateur maxi | 110 kg |
| Freinage | Disque 180 mm, frein de parking double avec double capteur, feux stop clignotants |
| Éclairage | Double phare avant 2 000 lumens, doubles feux LED arrière |
| Équipements | Écran LCD tout-en-un, régulateur de vitesse, marche arrière, anti-patinage, port USB, klaxon |
C'est là qu'on l'attend. Le gros pneu de 19 pouces et le couple du moteur permettent d'attaquer des terrains qui arrêtent net un fauteuil classique. Mais tout n'est pas franchissable, loin de là, et il vaut mieux le savoir.
Le sable, on oublie. Dès les premiers mètres, la roue s'enfonce et s'enlise, même sur du sable relativement dur. Ce n'est tout simplement pas un terrain pour elle.
Terre, sentiers, terrain meuble : ça passe plutôt bien. Sur les chemins de terre et les sentiers, la Batec fait le travail et aide réellement à avancer. À une condition : que ça ne grimpe pas trop. Dès que la pente devient un peu raide, la roue motrice patine devant et ne monte plus. L'anti-patinage limite les choses, mais il ne fait pas de miracle sur les fortes côtes.
Sur le bitume, en revanche, elle est parfaitement à l'aise, et c'est même là qu'elle grimpe le mieux. Sur route, on peut s'attaquer à des pentes sérieuses. La motorisation cale un peu, mais elle passe, surtout si on a lesté l'avant avec la seconde batterie ou un poids supplémentaire dans le sac avant. Ce poids ajoute du grip sur la roue motrice et l'empêche de patiner. Résultat, on franchit en fauteuil des côtes qu'on n'aurait jamais imaginé monter.
On peut enchaîner la route pour rejoindre un sentier, puis basculer dans le tout-terrain sans changer de matériel. C'est un vrai véhicule d'extérieur, pas un simple dépannage urbain.
Si tu vises vraiment le tout-terrain, l'usage de roues de VTT (sur le fauteuil) paraît indispensable en mode cross. Batec les propose en option à l'achat. On peut tiquer sur le surcoût, mais personne n'aurait l'idée de faire du cross avec un vélo de course : c'est la même logique ici. Si on s'offre une Batec pour sortir des sentiers battus, autant aller au bout et monter des roues de VTT.
Avec les petites roues d'origine d'un fauteuil classique, les sentiers ne sont pas vraiment praticables, ou du moins on se fait beaucoup trop secouer. Les roues de VTT changent la donne pour le confort et la tenue sur terrain accidenté.
Sur l'autonomie, il faut être honnête. Le chiffre annoncé, une cinquantaine de kilomètres, tient surtout de la promesse commerciale : dans les faits, on dépasse rarement les 35 km. Et encore, dans les meilleures conditions.
Autrement dit : batterie pleine, terrain roulant et plat, aucune côte pour tirer sur le moteur, et l'écran affiche déjà 35,9 km avec une jauge à zéro. Dans ces conditions idéales, les 50 km annoncés paraissent déjà difficiles à atteindre. Dès qu'on ajoute du dénivelé, du terrain gras ou de la vitesse (soit exactement ce pour quoi la machine est faite), l'autonomie fond encore. Pour planifier ses sorties, mieux vaut compter sur 30 à 35 km utiles que sur le chiffre du catalogue. Et ces relevés sont fiables : les distances affichées au compteur collent à celles du GPS de ma montre Garmin Fenix 8. Concrètement, je fais régulièrement des Labenne-Bayonne, soit près de 20 km, sans problème.
Un détail qui a son importance : la batterie lâche sans vraiment prévenir. Pas de vrai signe avant-coureur, elle se coupe et tout s'éteint d'un coup. D'où l'intérêt très concret de la seconde batterie en option, et donc du sac avant qui permet de l'embarquer : de quoi ne pas rester en rade au milieu de nulle part.
La batterie, elle, se recharge lentement. Comptez environ quatre heures pour une charge complète, de la jauge vide à pleine. Rien de rédhibitoire : on branche en rentrant, c'est prêt le lendemain. Mais ça se planifie, car il est illusoire d'enchaîner deux grosses sorties dans la même journée en espérant refaire le plein entre les deux. Avec une autonomie réelle autour de 35 km, la recharge finit par rythmer les journées de balade.
La Scrambler 2 se décline en deux vitesses de pointe. La version Plus plafonne à 20 km/h ; la version S Plus, plus sportive, monte à 30 km/h. Le moteur et la batterie sont identiques : la différence se joue sur le bridage et le tempérament. Pour un usage majoritairement nature et balade, la Plus suffit largement ; la S Plus s'adresse à ceux qui veulent avaler de la distance et rouler plus vite sur piste.
Et contrairement à l'autonomie, cette vitesse-là est bien au rendez-vous. Les 30 km/h promis sont faciles à atteindre pour peu que la route le permette : sur une bonne piste cyclable plate, on les tient sans la moindre difficulté.
Le pilotage est vraiment très agréable. La position de conduite est parfaite, les commandes tombent bien sous les mains, et l'ensemble est évident à prendre en main : c'est intuitif et bien pensé. Le freinage, lui, se fait sur un frein à disque efficace et bien dosable. Et même bridée à 30 km/h, la machine procure de vraies sensations.
Le vrai bémol est ailleurs : il n'y a aucune suspension, ni sur le fauteuil, ni sur la Batec. Résultat, la moindre imperfection de la route se fait sentir, et à pleine vitesse ça peut vite devenir inconfortable, voire dangereux. Mieux vaut rester attentif à la chaussée.
Sur ce point, les pneus montés sur le fauteuil jouent énormément. Des pneus de VTT, ou de gros pneus fat, changent tout le ressenti face à des roues standard : on gagne en amorti et en tenue là où les roues d'origine encaissent tout sec. C'est un poste sur lequel il ne faut pas hésiter à investir selon l'usage.
Il faut en parler, parce que ça pèse au sens propre. Comptez autour de 14 à 17 kg sans la batterie selon la version : c'est déjà lourd. Ajoutez l'encombrement, avec la patte arrière qui se fixe au fauteuil, et vous obtenez un ensemble volumineux.
Le transport, c'est le vrai casse-tête. Glisser la Batec dans une voiture est compliqué, surtout s'il faut aussi y caser le fauteuil. Pour l'avoir essayé moi-même, la charger seul dans une voiture depuis le fauteuil n'a rien d'évident. Et pourtant, j'ai un haut du corps fonctionnel et une bonne condition physique : même comme ça, l'opération tient plus de l'exploit sportif que du geste confortable. Au quotidien, la charger seul dans sa voiture n'est tout simplement pas envisageable.
C'est un point de sécurité à ne pas prendre à la légère. Sans suspension, un accident ou un renversement arrive vite. En cross, il n'est pas rare de se retourner, et même sur une piste cyclable, un demi-tour un peu trop brusque suffit à déséquilibrer l'ensemble. La prudence est de mise, d'autant que le tout pèse lourd.
Une fois au sol, se relever devient un vrai problème. Étant paraplégique, je ne peux pas me remettre sur mes jambes. Et je ne peux pas non plus déclipser la Batec quand je ne suis pas sur le fauteuil : le mécanisme de déverrouillage a besoin du poids de l'utilisateur pour se déclencher. Autrement dit, même si on parvient à redresser la Batec, il faut encore réussir un relevé du sol sur un ensemble instable, qui a tendance à rebasculer. L'opération devient très physique et, seul, franchement compliquée.
Il faut donc anticiper : être capable de remonter par ses propres moyens, ou pouvoir prévenir les secours. Sur ce dernier point, au-delà du téléphone et du réseau classique, plusieurs solutions méritent d'être connues. Les derniers iPhone intègrent un SOS d'urgence par satellite, qui permet d'alerter les secours et de transmettre sa position même sans réseau. Il existe aussi des systèmes sur abonnement passant par le réseau satellite Iridium, ainsi que des balises de détresse et des messagers satellite pensés pour l'outdoor.
Mieux vaut réfléchir à tout ça avant d'y être confronté. Et dans tous les cas, tant qu'on n'est pas équipé, rester dans des zones couvertes par le réseau.
Le cadre en aluminium est réglable dans quatre directions, ce qui permet d'ajuster la position à sa morphologie et à son fauteuil. Batec propose surtout plusieurs types de guidon selon le handicap : paraplégie, tétraplégie ou hémiplégie. C'est un point fort de la marque : la préhension et les commandes peuvent être adaptées à des mains qui n'ont pas toute leur force ou toute leur dextérité.
Il ne faut pas confondre deux choses. Une fois les adaptateurs posés sur le châssis (l'opération en usine dont je parle plus bas), l'accroche de la roue au jour le jour est, à mon sens, l'un des grands atouts de la Batec face aux autres systèmes. C'est extrêmement bien pensé, pratique et efficace, autant pour l'installation que pour le démontage.
Concrètement, ça se fait en un clic. Pas de barre à monter, pas de verrou à manœuvrer, pas de manipulation pénible : on présente la roue, on clipse, on part ; au retour, on décroche aussi vite. Au quotidien, c'est vraiment très appréciable, et pour moi c'est l'un des meilleurs systèmes d'installation de motorisation du marché.
C'est le point noir de l'histoire, et il faut le savoir avant de se lancer. Le système de fixation ne se monte pas chez soi ni chez le revendeur : le fauteuil doit être renvoyé à l'usine Batec, à Barcelone, pour l'installation des adaptateurs sur le châssis. Concrètement, la commande a pris près de quatre mois, pendant lesquels le fauteuil est mobilisé.
Or ce fauteuil, c'est le nôtre : celui du quotidien. Certes, le prestataire peut prêter un fauteuil de remplacement le temps de l'opération, mais ce n'est pas la même chose que de disposer du sien, réglé à sa morphologie et à ses habitudes. Rester quatre mois sans son propre fauteuil est un vrai problème. Les délais de commande et d'installation sont, à mon sens, beaucoup trop longs, et c'est un critère à peser sérieusement avant de commander.
La Batec se personnalise avec plusieurs accessoires. Le plus intéressant, à mon sens, est le sac avant. Une armature métallique vient se glisser sur un taquet prévu à cet effet, et un compartiment à l'intérieur accueille une seconde batterie. C'est la bonne option pour doubler l'autonomie : les deux batteries se retrouvent presque côte à côte, ce qui met un peu plus de poids sur l'avant et donne, au passage, un peu plus de traction. À l'usage, ce sac est bien pratique : on y glisse quelques courses, un vêtement ou une gourde sans souci.
Le sac arrière, lui, est plus classique. Il est un peu mou et donne une impression de qualité moyenne. Je n'ai pas de problème particulier avec pour l'instant, mais on peut avoir des doutes sur sa tenue dans le temps.
Il existe aussi une petite pochette qui se fixe devant, sur le guidon. On y glisse un téléphone ou quelques petites bricoles. C'est fonctionnel, sans plus.
Enfin, le support pour téléphone. Celui-ci fonctionne bien, à condition de poser le téléphone soigneusement et de bien serrer. Un iPhone 17 Pro Max y rentre parfaitement, coque comprise, et le serrage sur l'écran reste convenable tant qu'on y prête attention.
Le prix, lui, pique un peu. Le tarif annoncé tourne autour de 10 000 € sans option. Avec l'ensemble des accessoires (sac, batterie supplémentaire, roue additionnelle…), on grimpe à près de 13 000 €. Pour une tierce roue, la note est salée.
Parce qu'au fond, de quoi parle-t-on ? D'un moteur de trottinette, d'une électronique et d'une roue. Quand on voit les trottinettes et les moteurs grand public autour de 2 000 €, on a le droit de se demander ce qui justifie un tel écart. Comme souvent avec le matériel PMR, le tarif interroge, et je le trouve difficile à justifier.
Côté prise en charge, il faut être clair : ce type de handbike n'est pas remboursé au titre de la LPPR comme peut l'être un fauteuil. Les pistes de financement passent plutôt par la PCH aides techniques via la MDPH, les fonds de compensation du handicap, les aides des collectivités, certaines mutuelles, ou des associations. Monter un dossier solide, avec devis et argumentaire sur le besoin (autonomie, accès au travail, activité physique), reste la meilleure approche.
La Scrambler 2 ouvre de vrais terrains : des chemins de terre et des sentiers qu'on avait renoncé à fréquenter en fauteuil. La machine est puissante, bien finie, et son accroche au quotidien reste l'une des meilleures que j'aie essayées. Encore faut-il connaître ses limites : le sable est rédhibitoire, les fortes pentes la font patiner, le cross impose des roues de VTT. Encore faut-il accepter ses défauts en toute connaissance de cause. Ses vrais freins ne sont pas dans le franchissement. C'est l'autonomie réelle, très en deçà des 50 km annoncés. C'est le prix et l'absence de remboursement automatique. C'est le poids à manipuler. Et c'est surtout le délai d'installation, avec un fauteuil immobilisé près de quatre mois. Pour qui vit dehors et peut composer avec ça, elle ouvre grand le terrain de jeu. Pour les autres, ces réserves valent d'être pesées avant de signer.
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